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Joseph Kabila à Goma : des consultations hors cadre qui brouillent les repères diplomatiques


Joseph Kabila à Goma : des consultations hors cadre qui brouillent les repères diplomatiques Présent depuis le dimanche 25 mai 2025 à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu actuellement occupée par la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, l’ancien président de la République, Joseph Kabila, a entamé ce jeudi 29 mai une série de consultations avec diverses couches sociales locales, en commençant par les représentants des confessions religieuses. Cette initiative suscite des réactions contrastées au sein de l’opinion publique, tant nationale qu’internationale. Si certains y voient une tentative d’apaisement, elle soulève de nombreuses interrogations quant à sa légitimité. À cet effet, en l’absence de tout mandat officiel émanant des institutions compétentes, cette démarche apparaît comme une initiative personnelle dépourvue de fondement juridique. Ni la Constitution ni les lois de la République ne reconnaissent à un ancien chef d’État un rôle dans la gestion des crises sécuritaires, sauf disposition expresse. Dès lors, cette action questionne le respect des principes républicains, notamment en ce qui concerne les responsabilités dans la conduite des affaires nationales. En menant de telles consultations dans une zone sous occupation rebelle, Joseph Kabila envoie un signal ambigu. Il semble s’ériger en acteur parallèle, en marge des circuits officiels. Une telle posture risque de fragiliser la légitimité du gouvernement en place, tant sur le plan interne qu’international, en entretenant la confusion sur les canaux officiels de négociation et de médiation. Dans un État encore en quête de stabilité, de telles initiatives contribuent à brouiller les repères institutionnels et à alimenter une dynamique de fragmentation du pouvoir. La République démocratique du Congo étant engagée dans plusieurs processus de paix, tant au niveau régional qu’international, reposant sur une coordination diplomatique délicate. L’intervention d’un ancien président, sans mandat officiel, dans une zone aussi sensible constitue un élément perturbateur. Elle peut être perçue comme une tentative de contournement des mécanismes en place, voire comme une manœuvre de repositionnement politique à l’approche de futures échéances électorales. En somme, si l’intention affichée semble être celle du dialogue et de la recherche de solutions locales, l’absence de cadre légal et l’ambiguïté du message envoyé portent atteinte à la cohérence de l’action étatique. Ce type d’initiative, loin de favoriser la pacification, risque de compliquer davantage les efforts diplomatiques et institutionnels en cours, en brouillant les repères, en fragilisant l'autorité légitime, et en ouvrant la voie à de nouvelles tensions. Eric BENDE MAZODILUA Analyste en relations internationales et prospectiviste

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